Appel aux États à mettre un terme au démantèlement de nos systèmes des droits humains

5 oct 2018

Appel aux États à mettre un terme au démantèlement de nos systèmes des droits humains

L'AWID et ses partenaires dénoncent le démantèlement des mécanismes de défense des droits humains. Nous exprimons aussi notre solidarité envers  la Coalition des lesbiennes africaines (CAL).

Je fais cette déclaration au nom de l’Association pour les droits des femmes dans le développement (AWID), la Coalition des lesbiennes africaines (CAL), l’Initiative pour les droits sexuels (SRI), et l’Association pour le progrès des communications (APC).

La Déclaration de Vienne affirme le devoir de tous les États de promouvoir et de protéger tous les droits humains – indissociables et universels – en accordant la priorité aux droits des femmes et à l’élimination de toutes formes de discrimination basée sur le genre. Cependant, nous observons avec inquiétude aujourd’hui des attaques croissantes contre nos systèmes et protections des droits humains, et des menaces particulières qui pèsent contre les militant-es pour les droits humains des femmes (MDHF).

Partout à travers le monde, les mouvements d’extrême droite gagnent du terrain.

Les activistes sont confrontés à de multiples oppressions croisées : autoritarisme, ultra-nationalisme, racisme, néocolonialisme, influence indue des corporations, militarisme et fondamentalismes. Les MDHF sont confrontées à des environnements de plus en plus répressifs et à des menaces atteignant leur légitimité et leur sécurité. Elles sont aussi sujettes à des menaces, de l’intimidation, du harcèlement, de campagnes de diffamation, de violence, de discrimination et d’attaques dans le but de restreindre leur accès à leur engagement avec l’ONU.
Les États ont violé les droits des défenseures et des mouvements féministes au cours des dernières années par un certain nombre de mesure interdépendantes, notamment :

  • la criminalisation et la stigmatisation des défenseurs des droits humain;
  • les restrictions sur leurs droits à la la liberté de réunion et d’expression (y compris la surveillance);
  • les restrictions sur le financement des organisations de la société civile; les obstacles administratifs; et
  • les acteurs anti-droits qui sont impliqués dans des actes d’intimidation, des attaques et des représailles contre la société civile.

Les États cherchent alors l’impunité pour leurs violations en délégitimant et en sapant les cadres juridiques nationaux et internationaux pour la protection des défenseurs des droits humains et de nos cadres des droits humains dans leur ensemble.

Par exemple, La récente décision de l’Union Africaine demandant à la CADHP de réviser ses critères d’octroi et de retrait du statut d’observateur pour les ONGs, reflète des attaques similaires contre le système mondial des droits humains. La décision de la CADHP de retirer le statut d’observateur de la Coalition des lesbiennes africaines (CAL), suite aux instructions du Conseil exécutif de l’UA, illustre clairement les menaces que font peser les États sur la participation de la société civile et les défenseur-e-s travaillant à faire avancer et à défendre les droits humains sur le continent.

Non seulement cette décision est une expression d’un contre-coup misogyne et homophobe contre les militant-es et les MDHF à travers le monde, mais elle signale aussi que la CADHP a perdu son indépendance.

Sans une Commission Africaine des droits humains et des Peuples efficace, indépendante et fondée sur les droits, les détenteur-e-s de droits doivent se défendre seuls contre les violations des droits systématiques et persistantes perpétrées par ceux qui détiennent le pouvoir – y compris les corporations et les responsables gouvernementaux corrompus.

De plus, les États utilisent de plus en plus de manière opportuniste des termes tels que « morale », « valeurs », « culture » et « famille » afin de saper les droits humains et délégitimer les défenseur-es. Ces termes n’appartiennent pas au cadre des droits humains. L’Union Africaine, par son interprétation des « valeurs africaines » de la Charte Africaine des Droits humains et des Peuples, milite activement en faveur de l’homogénéisation sans reconnaître la diversité du continent, et sans reconnaître que les valeurs et la culture ne sont pas statiques mais changent. L’UA utilise ceci afin de renforcer de plus belle la discrimination et la violence contre les femmes et les personnes non normatives.

Il est clair que nous avons besoin d’une réponse urgente à la tendance mondiale croissante de contre-coup et de représailles contre les activistes féministes et les MDHF, et aux mesure prises pour saper et délégitimer nos système des droits humains.

Nous appelons les États à dénoncer et à contrer la propagande anti-droits et le démantèlement des mécanismes mondiaux et africains de défense des droits humains.

Cette déclaration a été lue lors de la 39e session du Conseil des Droits Humains par Amanda Hodgeson de la Coalition des lesbiennes africaines (CAL), pendant le débat général au point 8 de l'agenda : Suivi et mise en place de la Déclaration de Vienne et du Programe d'action.